Jean-Claude Casadesus et Nielsen

 

J’ai vécu un concert exceptionnel dans une salle toute aussi exceptionnelle. Le 10 janvier dernier, la salle de concert de Lille « Le Nouveau Siècle » ouvrait ses portes dévoilant sa nouvelle robe, une rénovation complète de la salle par l’architecte Pierre-Louis Carlier. Le design flatte l’oeil, les lignes sont épurées, des nouvelles places sont crées sur des galeries latérales et derrière l’orchestre. On a une sensation de bien-être. La salle est superbe. Il fallait aussi se pencher sur l’acoustique car ce n’était pas le point fort de la salle. On a fait appel à l’acousticien,Eckhard Kahle qui avait fait ses preuves en d’autres lieux. Depuis le fauteuil d’orchestre où j’étais , la perception du son était ronde, pure , comme si j’étais à côté de l’orchestre. J’étais donc dans les meilleures conditions pour savourer le programme de la soirée consacré à Poulenc et Nielsen.

Je connaissais peu « La Voix humaine » de Poulenc. C’était en quelque sorte un rappel d’une oeuvre entendue il y a longtemps par Françoise Polet. Je ne crois pas que ce soit une page significative du talent de Poulenc mais l’applaudis à sa programmation. La soliste de la soirée n’était autre que la fille du chef d’orchestre , Caroline Casadesus. C’est une belle affiche de voir le père et la fille faisant de la musique. J’en étais même ému. Il fallait une soprano pour Poulenc, pourquoi pas ma fille ? Caroline Casadesus est belle, c’est une comédienne de talent, elle a défendu avec talent la partition , mais….Sa voix est trop légère , créant un déséquilibre avec l’orchestre. Et pourtant j’étais aux premières rangées, je n’ai pas compris ce qu’elle chantait. Son talent n’est pas mis en cause mais il y a là manifestement une erreur de casting. L’orchestre malgré lui submerge la voix. Il y avait un écran derrière l’orchestre qui nous montrait la soliste afin que tous les mélomanes puissent apprécier les qualités de la soliste. Pourquoi n’y avoir pas ajouté un surtitrage ? A l’Opéra, on n’hésite pas à surtitrer des oeuvres francophones. Je salue la prestation de Caroline Casadesus car elle devait savoir que sa voix ne passait pas, mais elle a joué le jeu sans forcer la voix. Elle n’a pas effacé mon souvenir de Fr. Polet qui avait la puissance et le timbre requis.

Heureusement, en seconde partie , Jean-Claude Casadesus nous proposait  en première audition à Lille (!) la 4e Symphonie « l’ Inextinguible » de Nielsen. Sans doute la symphonie si pas la plus populaire du moins la plus connue. J’ai eu le plus grand plaisir de retrouver le Jean-Claude Casadesus des grands jours. il devait y avoir une osmose entre la nouvelle salle et son chef, sans oublier les musiciens de l’ ONL. Cette 4e Symphonie de Nielsen est une grande fresque que  Casadesus survolait tel un aigle. J’avais été déçu des dernières prestations du chef lillois, je croyais qu’il avait perdu ce charisme, cet enthousiasme d’antan. Il a suffit de …..je ne sais pas quoi….quelques ingrédients réunis que lui seul doit connaître pour nous prouver qu’il a encore quelque chose à apporter à l’ ONL  . J’en doutais, j’avais tort . L’ONL l’a compris et la métamorphose s’est opérée chez les musiciens. Tous les pupitres devraient être cités car dès les premières mesures , les cuivres rutilants nous ont plongé dans l’atmosphère conflictuelle de la partition (écrite pendant la première guerre mondiale). Casadesus nous a plongé dans les gouffres du conflit tout en terminant sur une sérénité retrouvée teintée d’espoir. Les couleurs retrouvées de l’orchestre sont bien un travail du chef et de l’engagement des musiciens.